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4 octobre 2018

Sénégal : Les anciens internationaux ne parlent que de l’équipe nationale A !

Le Sénégal est l’un des pays où le football est vécu comme une religion. Certes, le pays de Jules François Bocandé n’a jusque-là rien gagné en terme de trophée continentale majeur (mis à part le Beach Soccer), mais il reste l’un des pays qui fournit le plus de grands footballeurs au continent africain.


Dans son exposé sur l’utilité de la critique, le philosophe français Grégoire Chamayou, CR en philosophie au CNRS et au ENS Lyon / CERPHI nous rappelle que trivialement, faire une critique, c’est formuler un jugement négatif, expliquer un avis divergent, dire pourquoi l’on n’est pas d’accord. Au sens le plus immédiat, les pensées critiques, ce sont celles qui, d’une manière ou d’une autre, se montrent contestataires de l’ordre existant.

Au Sénégal, depuis quelques années, les anciens internationaux ont pris les devants dans les médias, où ils apportent leurs analysent sur le football. Si certains sont perçus comme des observateurs cohérents, explicites et instructifs, d’autres sont perçus comme étant de beaux parleurs. Est-il dit que tout ancien footballeur peut devenir un bon consultant ? La réponse pourrait être négative, car nombreux sont des consultants qui n’ont jamais pratiqué le football et qui sont doublement meilleurs que ceux qui ont été des acteurs, en matière d’analyse du football.

« Personne n’a jusque-là entendu un ancien international sénégalais des dernières générations sur les enjeux du prochain championnat local. Pourtant, notre championnat est le socle ou la base de notre réussite. Nos anciens internationaux, surtout ceux des dernières générations aiment plus les caméras que l’odeur nauséabonde des stades du pays. Ils ne parlent que de l’équipe nationale A. Avec ça, ils nous disent être les soucieux de l’évolution de notre football. », se désole Ibrahima Ndiaye, un fervent supporter de Santhiaba FC, club de National à Ziguinchor.

Le malheur au Sénégal pays, c’est que les acteurs du football oublient que tout le monde est coupable. Certains ne regardent jamais le rétroviseur, d’autres préfèrent les plateaux de télévision pour ne parler que des éliminatoires, de CAN et du mondial, afin de descendre les pensionnaires actuels de la tanière, leurs staffs et les fédéraux. Les équipes nationales U17 et U20 se sont qualifiées à la CAN de leurs catégories et les compétitions démarrent dans quelques mois. Mais pour l’instant, rien ne bougent à ce niveau (malgré que le département de la petite catégorie essaie de faire mieux). Et c’est silence cathédrale chez les grandes bouches qui mettaient le feu il y a quelques mois, après l’échec de l’équipe A au Mondial Russie 2018.

« Au-delà de l’étiquette, il n’est pas sûr que l’on dispose aujourd’hui d’un concept commun de ce en quoi la « critique » en question pourrait consister. A y regarder de plus près, il apparaît même que ce vocable recouvre des démarches que presque tout oppose au plan épistémologique. Alors que par exemple, pour certains courants issus de l’Ecole de Francfort, la théorie critique débouche sur la tâche de reconstruire de grands édifices moraux normatifs, Judith Butler insiste au contraire, dans le sillage de Foucault, sur la suspension des catégories du jugement comme condition même du maintien d’une attitude authentiquement critique. La critique semble alors prise dans une alternative quant à sa méthode et à son devenir : soit d’être réduite au statut de moment négatif, nécessaire mais transitoire, précédant la refondation d’une doctrine positive, soit d’être conservée, mais sous la simple forme d’une attitude ou d’une exigence subjective. », poursuit le philosophe français.

Pour Chamayou, « Il y a cependant, dans la longue histoire du concept de critique, une autre voie, esquissée par Marx, qui évite ce double écueil : la critique ni comme étape vers la refondation d’une doctrine morale, ni comme forme inquiète de subjectivité, mais comme médiation stratégique entre travail théorique et lutte politique. Pour saisir l’originalité de cette redéfinition, toujours actuelle, de la critique, il faut revenir sur le déplacement que Marx a fait subir à cette notion, en replaçant celle-ci dans son histoire philosophique. »

Certes, les anciens internationaux ont la légitimité de parler de l’équipe nationale A. Mais, doivent-ils oublier que football, c’est la base ? S’ils veulent qu’il se développe, ils ont le devoir de descendre sur le terrain pour prendre la température du quotidien de ce sport qui leur a tout donné dans ce monde au lieu de rester sous les climatiseurs.

Récemment, un collectif dont la majorité est membre du groupe Facebook « Tout Sur La Ligue 1 Sénégal », la vitrine du football local sénégalais a mis en œuvre l’Union Nationale des Footballeurs Professionnels et Amateurs pour aider les joueurs libres de trouver des clubs. A sa tête Abdoulaye Diop communément appelé Laye Terry ce collectif a réussi là où les fédéraux et surtout les anciens internationaux ont failli.

Si les arrivées de Diomansy Kamara dans les rênes du Casa Sport en tant que Manager Général, de Khadim Faye sur le banc du Jaraaf en tant qu’adjoint de Malick Daf, de Moussa Ndiaye en tant que coach de l’équipe des Parcelles Assainies, de la bonne formation que livre Salif Diao aux pensionnaires de son école de football, le retour d’Amara Traoré à la Linguère en tant que Président sont à saluer, il n’en demeure pas moins que le comportement de certains de leurs ex-coéquipiers sont à pointer du doigt, puis qu’ils ne rendent pas à César ce qui lui appartient.

Ce qui est sur, c’est que le football est plus que beau quand il est pratiqué, managé, consulté, analysé et soutenu par des gens qui pensent et respirent sans haine à son évolution globale. « Pour que le football sénégalais se développe, chacun doit se sentir responsable de son échec actuel pour relever le défi, au lieu de croire que l’enfer c’est toujours les autres », résume Assane Fall, jeune technicien aux Parcelles Assainies.

© Cherif Sadio (Alkalo Balanta), Paris. 

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